L’OKfestival et le développement ouvert

  • 28 septembre 2012

Kim Borrowdale, responsable de l’exécution pour l’IITA, a récemment pris part à l’OKFest 2012, à Helsinki (Finlande), et nous a livré son compte rendu personnel de la conférence. Cette conférence, dont le thème était les savoirs libres en action, a été l’occasion d’une semaine entière de séances participatives, d’exposés thématiques, d’ateliers, d’hackathons et d’événements parallèles organisés par diverses communautés provenant de 40 nations à travers le monde. (Synthèse de l’événement).

Cet événement était divisé en différents volets thématiques, parmi lesquels le volet du développement ouvert, spécialement conçu pour étudier comment la communauté de l’OKFest peut répondre aux principaux défis de développement.

La parole est à vous Kim…

Pratiquement chaque séance de l’OKFest était retransmise en temps réel sur Internet ; les délégués envoyaient des présentations, des photos, des vidéos et des retours à l’équipe en charge de l’événement pendant que je prenais des notes. Étant donné que toutes les informations du festival dont vous pourriez avoir besoin seront mises à votre disposition dans les deux prochaines semaines, je ne vous ennuierai pas avec une longue liste de l’ensemble des séances auxquelles j’ai assisté, ou auxquelles j’aurais aimé participer. À la place, je vais vous faire part de cinq points qu’il me semble important de retenir.

(Je demande d’avance pardon aux intervenants pour toute licence poétique que je pourrais avoir directement notée sans le faire exprès : )

  1. « Le développement ouvert prend des formes très différentes selon votre position dans le processus de développement mondial » – Blane Harvey, membre du comité de l’OKFest de l’Institut des études sur le développement

La toute première séance du volet consacré au développement ouvert a consisté à définir ce que ce terme nous évoquait.

Si nous convenons tous que le développement ouvert est une bonne chose, en faveur de laquelle nous devrions œuvrer, la communauté ne dispose d’aucun guide expliquant comme travailler de façon plus ouverte. Nous avons passé de nombreuses années à débattre au sujet des données ouvertes, mais le développement ouvert est une notion bien plus vaste. Au cours de la discussion, il est apparu évident que nous avions besoin d’un « processus participatif », « qui soit plus horizontal que descendant », et qui donne aux citoyens les moyens de revendiquer le rôle qu’ils peuvent jouer dans la gestion et la prise décisions à l’égard des processus de développement.

L’ouverture ne consiste pas seulement à rendre les choses accessibles au public, mais consiste à impliquer tous les acteurs dans le processus. Comment cela se traduit-il en pratique ?

Philip Thigo du Social Development Network (Kenya) a soulevé un point intéressant concernant le langage utilisé au sein de la communauté du développement.  Les termes et expressions tels que « le monde en développement » ne seraient pas employés dans le cadre d’un développement ouvert, car les citoyens feraient partie intégrante du processus plutôt que d’en être les bénéficiaires. Si l’ouverture est une « attitude », comment le ton de notre voix doit-il changer ? Il ne doit pas s’agir que d’un simple concept. Nous devons prendre des mesures concrètes pour parvenir à un développement ouvert.  John Adams du DFID (ministère britannique du Développement international) a pris l’exemple de l’IITA pour illustrer une initiative qui a commencé comme un engagement politique en faveur de la transparence et qui, à l’aide d’actions fermes, s’est développée pour donner lieu à la norme de l’IITA et à des mesures clés en vue de son application. Quelles sont les mesures à prendre pour que le concept de développement ouvert devienne une infrastructure efficace ?

ASTUCE : Vous essayez d’expliquer ce qu’est le développement ouvert ? Open for Change a publié une vidéo très intéressante lors de l’OKFest pour vous aider à y parvenir – Visionnez-là ici.

  1. « Savoir ne suffit pas. Nous devons disposer. Vouloir ne suffit pas. Nous devons agir. » – Bruce Lee via Simon Parrish d’aidinfo

Sans égard au caractère amusant de voir Bruce Lee sur une présentation de l’IITA, cette citation résume le point  soulevé par un certain nombre d’intervenants en ce qui concerne l’opposition entre, d’un côté, les bonnes intentions et l’élaboration de solutions fiables au fil du temps, et, de l’autre, le fait d’avancer avec ce que l’on a, d’apprendre et de s’adapter au fur et à mesure.

Nous l’avons observé au sein de la communauté de l’IITA. Oui, nous avons des structures en place pour changer notre approche de façon plus formelle si nécessaire, mais cela ne devrait pas ralentir le rythme de celles et ceux qui montrent la voie à suivre en matière d’ouverture des données sur le développement. Ce que nous avons appris, c’est que cela n’a pas à être parfait, diffusons nos solutions à la communauté afin qu’elles puissent être utilisées, affinées et développées.

Dans le cadre du volet thématique consacré à l’héritage culturel ouvert, Michael Edson a soulevé des points intéressants à ce sujet dans son discours thématique « Lego, Beowulf and the Web of Hands and Hearts ». En tant que directeur de l’Internet et de la nouvelle stratégie médiatique de la Smithsonian Institution, il a vu les sites des musées, qui faisaient autrefois autorité, se fondre dans la masse de sites, et se retrouver souvent bien loin dans la liste de résultats de recherche, derrière YouTube, Wikipédia et les forums de discussion communautaires.  Si nous poursuivons l’idée selon laquelle nous devons planifier et perfectionner les données pendant des mois avant de les publier, nous nous ferons distancer. « Arrêtez d’y penser et agissez. Ne parlez pas de ce que vous voulez faire, faites-le. Faites des essais et parlez très vite. »

AVERTISSEMENT : Vous risquez de ne plus pouvoir vous passer de rechercher des reconstitutions d’événements historiques en Lego sur Internet après avoir visionné le discours thématique de Michael.

  1. « Concentrez-vous sur les choses passionnantes. Les aspects élémentaires m’ennuient tellement, nous pouvons faire bien plus ! » – Un membre du Groupe consultatif technique de l’IITA (possiblement entendu par hasard au pub)

Je suis désormais pratiquement certaine qu’il s’agissait d’une référence à l’IITA (Initiative internationale pour la transparence de l’aide) et aux éléments actuellement nécessaires (lien). Je ne suis pas sûre de me rappeler l’endroit où j’ai entendu ce commentaire, mais j’ai été frappée par ce point. Oui ! Pourquoi nous limitons-nous à une norme commune quelconque qui ne constitue qu’un simple minimum ?! Nous devons faire davantage ; repousser les limites des données que nous cherchons au nom des pays partenaires.

Cela m’est apparu encore plus clair après avoir assisté à plusieurs ateliers de l’IITA. La communauté du développement est ambitieuse et s’interroge constamment sur les implications de son action à l'échelle locale. Cependant, ce qui ressort également clairement de ces séances, c’est le fait que lorsqu’il s’agit de comprendre ce que l’on entend par être transparent, tous les acteurs du développement se situent à différents endroits dans le paysage du développement – et il s’agit de faire bien plus que de simplement sélectionner les données à rendre accessibles. Des discussions à l’égard des politiques et des processus devront être tenues, et des plans de gestion des ressources et de technologies à court, moyen ou long terme devront être élaborés.

Nous dénombrons actuellement 82 signataires de l’IITA et prévoyons de rendre compte de leur respect de la norme de l’IITA et de leurs plans de mise en œuvre au début de l’année 2013. Si nombre d’entre eux ont accompli des progrès remarquables depuis leur adhésion à l’IITA, je pense qu’il serait juste de souligner que tous les signataires ne disposent pas d’une feuille de résultats aussi parfaite. À mesure que chaque organisation se trouve une place dans ce monde de plus en plus transparent, nous devons nous rappeler que les efforts ne doivent pas s’arrêter au strict respect des normes telles que celle de l’IITA. Ces normes jettent seulement des fondations solides (accessibles et comparables) permettant de « se concentrer sur ce qui est intéressant ».

ASTUCE : Les délégués ayant assisté à l’atelier de l’IITA à l’intention des ONG ont jugé intéressante l’intervention de Joni Hillman de BOND et de Rolf Kleef de PARTOS, venus leur parler du plan de conformité en cinq points de l’IITA. Cette approche peut s’avérer utile pour votre organisation. – Vous trouverez une copie de la présentation ici

  1. « Qu’en est-il de ma mère, qui vit dans un petit village, sans téléphone, sans Internet et sans même parler anglais ? » – Cette question est presque revenue à chaque séance, mais je pense avoir entendu John Ndungu d’iLabAfrica la poser en premier.

Lorsque de nombreuses personnes sont passionnées par les données, les technologies et le développement, il est facile de se laisser aller à rechercher la meilleure solution technique et de se concentrer sur les exigences en matière de données requises pour cette solution.

Cependant, lors de la séance « Africa Labs » en particulier, il est apparu évident que, quelle que soit la question à laquelle on veut répondre, la solution devra s’appuyer sur une combinaison de canaux communication traditionnels à avant-gardistes, en fonction de l’utilisateur final. Oui, nous avons besoin de moyens pour rendre les données accessibles à ceux qui dépendent fortement d’Internet. Il s’agit souvent d’importants outils internes d’engagement pour les organisations et les gouvernements devant faire avancer l’engagement en faveur de la transparence, ainsi que d’outils d’influence et de décision pour celles et ceux travaillant directement sur des projets et des programmes mis en œuvre dans les pays. Mais, qu’en est-il de la mère de John, dans son village ? Comment savoir de quelles informations elle a besoin et quel format lui conviendra le mieux ?

L’OKFest a été l’occasion de rappeler l’importance d’inclure les canaux de communication traditionnels, tels que les radios communautaires et la presse écrite. L’usage accru des téléphones portables et des smartphones a également été admis, bien que les connaissances à l’égard de leurs caractéristiques semblent limitées – peut-être que les messageries texte ou vocales devraient être prises en compte, et les outils disponibles sur Internet, adaptés aux téléphones portables ?

Et, une fois définis les bons canaux d’accès aux informations, lesquels conviennent le mieux à chaque destinataire ? Si nous pouvons répartir les communautés selon les canaux de communication leur convenant le mieux, nous ne pouvons supposer que, au sein de ce groupe, chaque individu recherche les mêmes informations pour les mêmes raisons.

ASTUCE : Utilisez des vidéos pour aider les parties prenantes de votre organisation à comprendre les différentes perspectives et difficultés des pays partenaires. Au cours de l’Africa Lab, nos amis du Salvador ont montré une vidéo très utile pour expliquer comment même des personnes appartenant à un milieu social similaire ont souvent des points de vue complètement différents pour ce qui est des informations auxquelles ils souhaitent accéder.

  1. « Qui savait qu’ils essayaient de faire la même chose que nous, dans le monde des musées ? » – Moi, étant donné que j’ai assisté à l’une des conférences du volet thématique consacré à l’héritage culturel.

Au cours de l’une des séances du volet thématique consacré à l’héritage culturel ouvert, Neelie Kroes, présidente de la Commission européenne et Commissaire chargée de la stratégie numérique, a prononcé un discours virtuel, soulignant l’engagement de la Commission européenne à respecter les politiques, les projets et les financements convenus pour soutenir les données ouvertes et le libre accès, notamment en ce qui concerne les informations relatives au secteur public, les données culturelles, la science et la recherche.

Ce qui m’a semblé intéressant, c’est que, au sein de la communauté du développement, nous avons un programme semblable à celui des autres secteurs, de la culture et des musées, à la science et aux universités. Nous cherchons à rendre accessibles les informations de façon à informer les décisions et les orientations futures. Quels enseignements tirés des données ouvertes et de notre travail sur l’IITA pourraient aider d’autres secteurs à prendre des mesures pratiques en faveur de la transparence ? Et, le plus important pour nous, quels enseignements tirés des autres secteurs pourraient faire avancer le programme de développement ouvert ?

ASTUCE : Pensez à vos homologues, qui travaillent dans des secteurs différents. Ont-ils fait des progrès en matière d’accès au savoir, là où vous n’en fait aucun ? Ou peut-être peuvent-ils vous donner une perspective différente sur la manière de communiquer ? Prenez le temps d’aller boire un café avec quelqu’un évoluant en dehors de votre secteur.

En savoir plus

Pour des informations plus détaillées concernant les conférences, les ateliers, les hackathons et bien plus encore, gardez un œil sur le site de l’OKFestival. Si vous avez un compte Twitter, consultez les hashtags #okfest pour lire les commentaires postés tout au long de la conférence et #opendev pour toute question intéressante propre au développement.

Kim Borrowdale, responsable de l’exécution pour l’IITA

[email protected]

@kimborrowdale